Le Fonds Monétaire International

Le Fonds monétaire international (FMI) est une institution internationale dont le rôle essentiel de nos jours est de fournir des crédits aux pays connaissant des déficits extérieurs et des difficultés financières. Il leur impose en contrepartie certaines politiques économiques. L’institution devait à l’origine garantir la stabilité du système monétaire international, dont la disparition au moment de la Grande dépression des années 1930 avait eu des effets catastrophiques sur l’économie mondiale. Après 1976 et la disparition de ce système monétaire, le FMI a hérité d’un nouveau rôle face aux problèmes d’endettement des pays en développement et à certaines crises financières.

1-   Histoire

Le FMI est né en juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods qui vît adopté le système monétaire international de l’après Seconde Guerre mondiale. Ce système reposait sur trois règles :

  • chaque État devait définir sa monnaie par rapport à l’or, ou au dollar américain lui même convertible en or. Il en découlait pour chaque monnaie une parité officielle en or ou en dollar.
  • la valeur des monnaies sur le marché des changes ne devait fluctuer que dans une marge de 1 % par rapport à leur parité officielle.
  • chaque État était chargé de défendre cette parité en veillant à équilibrer sa balance des paiements.

Afin d’essayer de garantir la stabilité du système monétaire international, les accords de Bretton Woods donnent naissance au FMI. Le rôle de cette organisation est donc de promouvoir l’orthodoxie monétaire afin de maintenir un contexte favorable à l’essor du commerce mondial, tout en accordant des prêts à certains pays en difficultés dans le contexte de la reconstruction d’après guerre. Le FMI est complémentaire des autres grandes institutions économiques créées à l’époque : la BIRD ou Banque mondiale qui fut créée en même temps que le FMI, et le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) signé peu de temps après.

Lors des négociations de Bretton Woods, le représentant britannique, l’économiste Keynes, souhaitait la création d’une institution bien plus importante, une véritable Banque centrale mondiale destinée à émettre une monnaie internationale, le « Bancor ». Cette proposition fut rejetée. Elle aurait signifiée pour les États-Unis une perte de souveraineté vis-à-vis d’une institution internationale et les aurait empêché de profiter de la position dominante du dollar à l’époque.

2-   Rôle

Le rôle du FMI a été de tenter de garantir le bon fonctionnement du système monétaire de Bretton Woods. Lorsque certains pays se révélaient incapables de maintenir la valeur de leur monnaie dans la marge des 1 % prévue par les accords de 1944, ils pouvaient recourir à des dévaluations ou à des réévaluations selon les cas. Si leurs réajustements monétaires étaient supérieurs à 10 %, ils devaient alors obtenir l’accord préalable de l’organisation.

Pour tenter d’éviter ce genre de situation, le FMI joue un rôle d’intermédiaire financier entre États membres. Ainsi chaque État doit verser à l’organisation une certaine somme, nommée « quote-part » et dont le montant est déterminé par sa puissance économique, elle même mesurée par son PNB. 25 % de cette quote-part doivent être payés en or, le reste en monnaie nationale. En cas de déséquilibre de sa balance des paiements risquant de menacer l’équilibre monétaire sur le marché des changes, chaque pays membre peut obtenir automatiquement 25 % de sa quote-part (« droit de tirage »). Si le FMI le juge nécessaire, il peut prêter à ce pays jusqu’à 125 % de sa quote-part. Ses prêts sont censés permettre aux banques centrales de défendre leur monnaie sur le marché des changes.

L’octroi de ces crédits est soumis à conditions et le pays demandeur doit s’engager dans une politique d’ajustement conseillée par l’organisation afin de remédier aux causes de la dépréciation de sa monnaie.

Le FMI fonctionne par ailleurs sur un système de vote, où les voix sont pondérées par le montant de la quote-part. Ainsi à sa création, les États-Unis à eux seuls détiennent 25 % des voix. Les États-Unis sont par ailleurs les seuls à disposer d’un droit de veto au sein de cette organisation.

On remarque que dans un tel système, seuls les États-Unis n’ont pas besoin de se soucier, a priori, du cours de leur monnaie vu qu’elle fait office d’étalon. Ainsi les États-Unis pouvaient connaître d’importants déficits sans être soumis aux remarques du FMI.

3-   La fin du système de Bretton Woods

En janvier 1976, les membres du FMI signent les accords de la Jamaïque qui permettent le flottement des monnaies. Le rôle initial principal du FMI, garantir la stabilité des taux de change dans une marge de 1 %, a disparu.

4-   Objectifs du FMI aujourd’hui

Depuis 1976, le rôle du FMI consiste en premier lieu à soutenir les pays connaissant des difficultés financières. Lorsqu’un pays est confronté à une crise financière, le FMI lui octroie des prêts afin de garantir sa solvabilité et d’empêcher l’éclatement d’une crise financière semblable à celle qui frappa les États-Unis en 1929.

L’article I des statuts du FMI en fixe les buts : « Encourager la coopération monétaire internationale; faciliter l’expansion et l’accroissement harmonieux du commerce mondial; promouvoir la stabilité des changes; aider à établir un système multilatéral de paiements; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements. Plus généralement, et conformément à ses autres buts, le FMI a pour responsabilité d’assurer la stabilité du système financier international. » Le FMI est en ce sens, le responsable en dernier ressort de la liquidité du système financier international, pour éviter le blocage des échanges et la contagion à tout le système (appelé risque systémique) de problèmes momentanés de solvabilité d’un pays ou d’une banque centrale donné. C’est une sorte de « banque centrale des banques centrales ».

Dans le cadre des prêts qu’il accorde, le FMI se doit de garantir auprès de ses contributeurs la bonne utilisation des fonds alloués à tel ou tel pays. Il ne s’agit pas seulement de retarder la crise par l’octroi d’une aide monétaire temporaire, mais de profiter du répit accordé par le prêt pour corriger les causes structurelles des difficultés économiques. Ainsi le FMI exige des emprunteurs qu’ils mettent en place les politiques économiques qu’il préconise : les « politiques d’ajustement structurel ».

Les trois grandes missions du FMI sont :

  • d’accorder des prêts aux pays en difficulté financière
  • de conseiller les États membres quant à leur politique économique
  • d’apporter une assistance technique et des offres de formation aux États membres dans le besoin

5-   Fonctionnement et Ressources

Le FMI est gouverné par ses 184 pays membres. Il prend de nombreuses décisions en concertation avec la Banque mondiale au sein du « Comité de développement ». Sa gestion courante est confiée à un conseil d’administration composé du président de l’organisation et de 24 administrateurs représentant chacun une nation. Huit d’entre elles ont un représentant permanent (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, Chine, Russie et Arabie Saoudite), les 16 autres sont élus par les pays membres.

La plupart des décisions sont prises dans les faits à l’unanimité. Cependant, compte tenu des modalités de prise de décision au sein du FMI, qui suppose une majorité qualifiée correspondant à 85 % des droits de vote, les États-Unis disposent de fait d’un droit de veto sur les décisions du FMI. Les pays de la zone euro, bien que représentant 20 % des quotes-parts, ont une influence moindre du fait d’une insuffisante coordination entre eux.

Les ressources du FMI liées aux quotes-parts sont d’environ 300 milliards de dollars américains, auxquels s’ajoute la possibilité pour le FMI de recourir à des emprunts envers les grandes puissances économiques (ces crédits sont de l’ordre de 50 milliards de dollars).

6-   Les politiques préconisées par le FMI

Là où il intervient, le FMI, négocie donc des plans dits d’ « ajustement structurels ». Ils consistent généralement à améliorer les conditions de production et d’offre via la promotion des mécanismes du marché. Parmi les mesures concrètes souvent exigées on trouve :

–       l’ouverture du pays aux capitaux étrangers et au commerce international,

–       la libéralisation du marché du travail,

–       la réduction du poids de l’État, c’est à dire la privatisation de nombreuses entreprises.

L’ensemble de ces idées sont regroupées sous le terme de « consensus de Washington », et sont partagées par la plupart des grandes organisations internationales (FMI, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce…) dont la plupart ont leur siège à Washington.

Ces plans ne prévoient pas de baisses d’impôts, mais en général des baisses de dépenses conjuguées à des hausses d’impôts afin de rétablir l’équilibre budgétaire des États.

7-   Le FMI depuis les années 1980

Lors des années 1980, le FMI prend un nouveau rôle face à l’éclatement de la crise de la dette du tiers monde et impose ces politiques économiques d’ajustements structurels et de lutte contre la pauvreté à de nombreux pays d’Afrique et d’Amérique latine.

Le début des années 1990 est marqué par l’éclatement du bloc soviétique et la nécessité pour le FMI d’organiser le système monétaire des pays d’Europe de l’Est et de la Russie en vue d’une intégration dans le système financier mondial et d’une meilleure transition de ces économies dirigées vers l’économie de marché.

Au début des années 1990, les financiers internationaux avaient relancé leurs prêts au Mexique dans un contexte de réforme de marché qui visait à libéraliser l’économie. Toutefois à la fin 1994, les marchés financiers changèrent soudainement leur appréciation de la situation mexicaine, craignant d’avoir prêté davantage que le pays ne pourrait rembourser. La crise financière qui découla de ce soudain changement d’humeur des marchés entraîna un renflouement immédiat des investisseurs par le FMI et la Réserve Fédérale des États-Unis. La crise fut rapidement surmontée. Pour certains analystes, le redressement rapide du Mexique n’est pas imputable au FMI mais au rôle des crédits commerciaux américains et à l’intégration du pays dans la toute nouvelle ALENA (Accord de libre échange nord américain).

La crise financière asiatique marque d’abord l’Indonésie en 1997 où le FMI impose une politique d’austérité monétaire et de rigueur budgétaire, malgré l’instabilité sociale et ethnique du pays. Plusieurs banques furent fermées là-bas ce qui provoqua selon certains analystes un aggravement de la crise. Face à l’expansion de la crise, les pays d’Asie ont adopté des positions différentes vis à vis des politiques préconisées par le FMI. Certains pays comme la Chine ont évité la crise en adoptant des politiques d’expansion économique (le contraire des recommandations du FMI). La Malaisie n’a elle non plus pas suivi les conseils de l’institution et a pris des mesures telles que le contrôle des mouvements de capitaux ce qui a suscité des reproches du FMI. Toutefois d’autres pays, comme la Corée du Sud, ont connu un relèvement rapide en adoptant partiellement les mesures préconisées par le FMI.

Les aides accordées par le Trésor américain et le FMI ont contribué à réunir les conditions d’une crise en Argentine. Les emprunts concédés à ce pays ont permis aux créanciers d’accorder des prêts sans se soucier de la condition économique réelle des emprunteurs : ils pensaient qu’ils seraient de toute manière renfloués par le FMI. De leur côté les emprunteurs ont effectué un raisonnement similaire ce qui au final a déstabilisé la situation financière du pays et alimenté la spéculation. Les États-Unis, via le FMI, avaient aussi imposé une libéralisation des flux de capitaux et une déréglementation du système bancaire. Certains pays d’Amérique latine, en particulier l’Argentine et le Chili ont été montrés comme exemples de la bonne mise en application des principes du « consensus de Washington ». Si les deux pays ont connu en effet une certaine réussite, l’Argentine a fini par voir son économie s’écrouler en 2001. Le Chili continue quant à lui son développement sur un très bon rythme de croissance.

8-   Critiques

Les États-Unis sont le contributeur principal du FMI. Les 10 premiers pays ont la majorité des droits de vote alors que le FMI compte 184 pays membres. Ce qui fait dire aux détracteurs du FMI qu’il est un instrument au service des grands pays finançant le FMI pour imposer les vues économiques de l’organisation, majoritairement sur les 174 autres pays contributeurs, ainsi que sur les pays ayant recours aux financements du FMI.

Des critiques ont pour source la plupart des organisations altermondialistes et proviennent également d’économistes réputés libéraux (Milton Friedman, …) ou de la Banque mondiale. Elles considèrent que les interventions du FMI, même si elles permettent un dépannage momentané des pays du tiers monde qui les acceptent, aggravent la pauvreté et les dettes en supprimant ou diminuant la capacité d’intervention de ces États, ce qui les empêcherait de mieux régler leurs problèmes. L’argument principal se base sur le fait que le FMI préconise les mêmes recommandations économiques et globalement les mêmes plans d’ajustement structurel (essentiellement de privatisations et des ouvertures du marché intérieur) à tout pays demandeur d’aide, sans analyser en profondeur la structure de chacun.

Le problème peut être lié à la fois à une mauvaise connaissance du terrain par le FMI et à une mauvaise communication de sa part.

Enfin, les critiques pensent que les conditions négociées avec le FMI, entité supranationale, sous forme de plans d’ajustement structurel limitent la souveraineté des économies nationales en encadrant certains aspects de la politique de l’État. De leur point de vue, l’action sur les salaires diminue d’autant le pouvoir d’achat nominal, la privatisation des entreprises publiques réduit la capacité de l’Etat à intervenir. De plus l’augmentation des importations mettrait souvent à mal les économies locales des systèmes de production traditionnels.

9-   G20 de Londres en avril 2009

De toutes les institutions financières (Banque Mondiale, les Banques Régionales de développement, l’OMC), le FMI est l’institution dont les moyens et les missions sortent les plus renforcés.

Ce sommet du G20 a décidé de replacer le FMI au centre de la régulation financière mondiale. L’objectif est de tripler les moyens dont il dispose en portant ses ressources de 250 à 750 milliards de dollars (accords de prêts bilatéraux, émissions d’emprunts du FMI sur le marché et émissions de Droits de tirage spéciaux – DTS). Ces DTS permettent aux pays membres de l’organisation de disposer de réserves de liquidités mobilisables. Le FMI dispose donc d’un pouvoir de création de liquidités internationale. Ces DTS se présentent comme un panier de monnaies et sont utilisés comme unités de compte et instruments de dépôt.

Au renforcement du rôle dévolu au FMI, est associée une réforme de son mode de gouvernance destinée à résoudre les difficultés actuelles liées au partage du pouvoir entre pays développés et pays en développement (rééquilibrer le pouvoir en faveur des pays émergents).

La mission principale du FMI reste la stabilisation des changes sur les marchés internationaux de capitaux et non le soutien direct aux économies, rôle confié à la Banque Mondiale et aux Banques de développement régionales.

10- Projet de réforme

Le projet de réforme, qui doit être validé par le conseil d’administration du FMI, augmente le capital de l’institution, les sièges des pays émergents à son conseil d’administration et élargit ses attributions en matière de surveillance des politiques économiques des États.

Les 10 plus grands actionnaires du FMI seront les États-Unis, le Japon, quatre pays européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie) et les quatre plus grandes économies émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Les européens abandonneraient 2 sièges au profit des pays émergents.

Le mandat du FMI sera également élargi pour surveiller les déséquilibres des comptes courants des États et leurs effets sur leurs voisins.

 

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